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Fiche : qu’est-ce qu’une psychothérapie ?

30

mai

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LIEN
Dr-Edwardes_petite

QU’EST CE QU’UNE PSYCHOTHÉRAPIE ?

 

(Cette fiche répond à quelques questions couramment posées sur ce sujet, elle n’est pas exhaustive, car ceux qui sont les mieux à même de répondre à la question : « qu’est-ce qu’une psychothérapie ? » sont ceux qui ont entrepris d’en faire une…)

 

 

Définition

Une psychothérapie est littéralement « un soin par l’esprit ». Elle implique au minimum deux personnes (deux « esprits ») : le thérapeute et son patient. Une psychothérapie n’est donc pas une auto-analyse ni une introspection solitaire puisqu’elle requiert la présence d’un tiers, le psychothérapeute, dont l’esprit va agir d’une certaine façon sur l’esprit de son patient. Cette action d’un esprit sur un autre esprit se doit d’être bienfaisante, « aidante », elle est donc un soin susceptible d’aider le patient, soit la personne souffrante, à trouver des solutions pour améliorer son état de souffrance intérieure. Le véhicule principal de la psychothérapie et de son action, ce qui la rend possible, c’est la parole, la volonté, le désir de parler de soi à un autre et d’accepter, en retour, la parole de cet autre.

 

Un peu d’histoire

Il est probable que l’idée de psychothérapie est vieille comme l’humanité elle même puisqu’aucun homme ne peut s’assurer de vivre entièrement seul et que les humains ont besoin les uns des autres pour survivre. Ainsi, les dialogues platoniciens donnent un exemple d’une forme ancestrale de psychothérapie : celle par laquelle Socrate en posant des questions spécifiques à son interlocuteur lui permet de trouver la voie du juste et du vrai. Une autre forme de ce qui pourrait être les prémisses de la psychothérapie, est l’invention, au Moyen-Âge, de la confession, pratique par laquelle les péchés (et les souffrances qui sont sensées en découler), parce qu’ils sont avoués, sont remis et absous par l’intermédiaire d’un autre sujet, le prêtre. Mais c’est surtout au XIX° siècle, à l’époque où la médecine moderne telle que nous la connaissons actuellement, est en train de s’édifier, que l’on commence à soigner certains troubles mentaux par ce que l’on nommait à l’époque, le « traitement moral », c’est à dire l’influence que l’autorité du médecin constituait, pour redresser, guider, rectifier les idées « erronées », délirantes ou déviantes de son malade. La découverte du pouvoir de l’hypnose, dont l’action permet de guérir certains troubles physiques d’origine psychique et de faciliter le souvenir de faits anciens, puis l’idée d’un « inconscient », partie de nous même cachée, qui nous fait agir à notre insu, et la mise au point qui en découle de la psychanalyse par Freud, vont alors définitivement assurer le lancement de l’idée de psychothérapie, de traitement par l’esprit, au sens où nous l’entendons maintenant.

 

Les trois grands courants psychothérapiques contemporains

Pendant longtemps, jusqu’au milieu du XX° siècle la psychothérapie découlait de la technique mise au point par Freud, la psychanalyse. Cette psychothérapie est dite psychodynamique. Depuis d’autres grands courants sont apparus en particulier les thérapies dites systémiques et les thérapies cognitivo-comportementales. Il faut maintenant parler de psychothérapies, au pluriel.

En simplifiant considérablement :

-       les thérapies psychodynamiques sont basées sur l’introspection que le thérapeute doit favoriser, avec l’idée que « le passé éclaire le présent » et que les souvenirs d’enfance, les premières relations, les premières émotions, etc…, continuent d’influer sur notre vie présente, parfois en l’entravant.  Il est nécessaire d’en prendre conscience pleinement et d’élaborer longuement ces faits et de les éprouver à nouveau pour s’en défaire. Par exemple, telle personne victime dans l’enfance, d’un père très humiliant continuera sa vie durant à se soumettre à des personnes qui n’exercent même pas à son égard de fonctions d’autorité…

-       Les thérapies systémiques ciblent plus particulièrement les interactions entre les sujets  d’un même système par exemple d’un même système familial. Chacun des membres se trouve pris dans une certaine routine relationnelle croyant faire ce que les autres attendent de lui ou ce qu’il pense être son devoir de faire. Le patient souffrant n’est en fait considéré que comme la victime d’un système qui l’oblige pour jouer son propre rôle à s’enfermer dans des contradictions dont il ne peut sortir que par de la souffrance psychique et un désarroi symptomatique. Le rôle du thérapeute ou des thérapeutes, consistera donc à favorise la modification de ces interactions entre les différents membres du groupe, modifications qui, à terme, devront soulager le patient de ses contradictions internes.

-       Les thérapies cognitivo-comportementales visent à changer les pensées et les comportements du sujet souffrant. Ce sont les symptômes mêmes du patient qu’il lui faut apprendre à combattre et le thérapeute est là pour l’y inciter en l’aidant à sortir d’attitudes, de pensées négatives,  qui ne font que pérenniser ses symptômes. Par exemple les patients déprimés ont tendance à ruminer leurs idées noires et parfois à s’y complaire à leur insu. Le travail psychothérapique consiste à les aider à sortir de ce cercle vicieux…

Il y a bien sûr bien d’autres psychothérapies : elles dérivent souvent des précédentes.

 

Comment faire une psychothérapie ?

Quelle que soit la voie choisie, la psychothérapie que l’on va entreprendre est une auto-prescription. Cela signifie que si un médecin, un parent, un ami vous conseille de faire une psychothérapie, ce n’est pas lui qui va la faire à votre place et qui va en vivre les progrès mais aussi les découragements et les éventuelles déceptions. Le premier moteur de la psychothérapie et le plus essentiel est la motivation. Car la psychothérapie est d’abord un travail. Un travail sur soi, qui comme tout travail ne va pas de soi et demande un effort, un travail qui va (et doit) remettre en cause sa façon de vivre, ses idées reçues, ses relations avec autrui. Celui qui entreprend pareille entreprise le fait ni par plaisir, ni par mode mais parce qu’il a pris conscience que quelque chose dans sa vie ne va plus et qu’il ne peut continuer à vivre comme il le fait à présent, parce qu’il a trop de symptômes gênant (angoisses, obsessions, phobies, malaises physiques divers…) ou que sa vie relationnelle est devenue trop compliquée. Il faut être de surcroît prêt à partager sa vie psychique (ses pensées et ses pensées parfois intimes) avec un autre, ce qui n’a en soi rien d’évident, il faut être curieux aussi et avoir envie d’en apprendre un peu plus sur soi que l’on en sait actuellement, en acceptant qu’une autre personne vous renvoie des choses qui ne vous feront pas toujours plaisir.

Enfin c’est un travail qui, quelle que soit la technique employée et quoiqu’on en dise, prend du temps. Les symptômes psychiques, les troubles relationnels, sont très profondément ancrés dans l’esprit humain et n’en sont pas extraits comme un chirurgien vide un abcès ou enlève une tumeur : changer prend du temps et d’autant plus qu’une partie de nous-même résiste toujours au changement. Un tel travail ne peut être fait ni « en passant », ni en dilettante, ce qui implique un certain nombre de séances à un rythme suffisamment soutenu et que l’on ne peut annuler sous n’importe quel prétexte. Tout cela est évidemment à discuter avec le psychothérapeute.

Bien entendu les enfants et les adolescents doivent être encouragés et soutenus par leurs parents ou leurs proches pour pouvoir s’approprier et accepter un travail dont ils ne comprennent pas toujours au départ le sens, voire la nécessité.

En résumé : il fait être motivé, curieux d’en apprendre sur soi, prêt à partager sa vie psychique et accepter de consacrer du temps et de l’énergie à cette entreprise qui est aussi découverte et enrichissement personnel.

Tout le monde ne peut donc pas entreprendre une psychothérapie à n’importe quel moment et avec n’importe qui. Une psychothérapie n’est pas non plus l’unique moyen thérapeutique dans tous les cas de souffrance psychique : certains troubles mentaux nécessitent d’autres abords, en particulier médicamenteux, mais même dans ces cas-là elle peut constituer une aide précieuse.

 

Le choix du psychothérapeute

Il y a évidemment le choix de la méthode, mais celle-ci ne doit pas escamoter le rôle du thérapeute lui-même. Celui-ci n’est pas seulement  l’homme ou la femme d’une technique mais celui ou celle d’une expérience et d’une formation. A ce sujet, les études de psychologie ou de médecine assurent sans doute le mieux les bases d’une formation qui n’est cependant pas suffisante pour être psychothérapeute. Celle-ci requiert en effet l’expérience d’avoir été soi-même « en thérapie », d’avoir ensuite été supervisé, c’est à dire d’avoir pu rendre compte à un thérapeute plus expérimenté que soi de ses premières expériences en tant que thérapeute, et enfin d’avoir acquis au fil  du temps une expérience suffisante pour assurer à ses patients sécurité et compétence. Un bon psychothérapeute doit également peser ses indications, connaître ses limites et savoir faciliter et libérer la parole de son patient.

Mais tout cela ne suffit pas, il est aussi nécessaire que le patient se sente en confiance avec le thérapeute qu’il sollicite, qu’il ait envie de s’engager avec lui, de la même manière que le thérapeute exigera plusieurs séances avant de décider de prendre tel ou tel patient en thérapie : se sent-il de la faire, le patient est-il suffisamment motivé, peut-il vraiment l’aider, etc… ?

Parfois la technique dont se réclame tel ou tel vaut moins que l’expérience dont il dispose…

 

La psychothérapie fait peur…

Parfois à juste titre. Tout le monde a en tête ou redoute les manipulations mentales que peut exercer un esprit sur un autre esprit, la crainte des mauvaises influences qu’une personne peut exercer sur une autre. Et si un esprit peut être « aidant », sécurisant, « soignant », on conçoit bien que l’inverse puisse être vrai. D’où encore une fois, l’importance des garanties que l’on se donne, la nécessité d’écouter ce que l’on ressent face à son éventuel futur thérapeute, la confiance qu’on a ou non envie de lui accorder, (se méfier en particulier de ceux qui font du prosélytisme pour eux-mêmes ou leur propre chapelle…)

 

Si le statut de psychothérapeute commence à être réglementé en France et dans un grand nombre de pays européen, il faut déplorer que beaucoup de personnes qui se prétendent psychothérapeute ou encore psychanalyste n’ont suivi aucune formation cohérente (quand ils en ont une !) et que d’autres font parfois partie de sectes prônant des méthodes plus ou moins ésotériques. Se méfier comme la peste de ceux qui font soi-disant des miracles (il n’y a aucun miracle en ce domaine : encore une fois les résultats sont d’abord à la mesure de son travail et de l’investissement qu’on y place). Un très grand nombre de gens savent faire un commerce substantiel de la souffrance et du désarroi d’autrui.

 

Un assez bon exemple du travail psychothérapique est illustré par la série américaine d’origine israélienne In Therapy (mal traduit en français sous le titre : En Analyse) avec Gabriel Byrne.

 

Quelques définitions :

Psychothérapeute : qui pratique la psychothérapie.

Psychologue : qui a fait des études de psychologie et qui est titulaire d’un DESS dans cette discipline.

Psychiatre : qui fait des études de médecine puis une spécialité de psychiatrie (étude des maladies mentales)

Psychanalyste : qui pratique la psychanalyse (cf. fiche à ce sujet)

 

 

Dr Thierry VINCENT

 

  1. J’espère que le commentaire est privé! J’ai trouvé très bien faites tes 2 fiches , sur psychotherapie … et psychanalyse , didactiques , mettant en garde là ou il faut , encourageante la ou il faut , .. l’essentiel y est dit ..sans être galvaudé … vraiment bien ..; mais à corriger ,2 coquilles: dans psychotherapie , je ne retrouve pas .. c’est vers le milieu il y a ecrit qu’il est envie au lieu de qu’il ait envie (ça fait jeune ! )mais il vaut mieux corriger quand même!; dans psychanalyse , dans le 3eme paragraphe du 2eme chapitre, je crois , il y a ecrit » tout nuance » au lieu de toute nuance…je ne m’attarde pas …. Amicalement anne larédo

  2. Mouais…Mais bon, Dr Vincent est un excellent thérapeute et comédien ; il crée des néo-logismes : nul n’est censé être critiqué sur son orthographe,on n’est pas en dictature, morbleu ! mdr lol

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