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Le fantasme de la fourmilière

27

janvier

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fourmis 2

(Texte présenté à Strasbourg au congrès de la FEDEPSY le 23 janvier dernier au  congrès « Pulsions, jouissances et collectif, Pour une clinique de la déshumanisation »)

 

Je voudrais en ces temps cruels, partager  quelques remarques sur le totalitarisme et tout particulièrement sa version soviétique. Il me semble, plus encore qu’au sujet du nazisme sur lequel bien des choses ont été écrites, qu’il reste un certain nombre de choses à dire sur le communisme dans sa version soviétique, chinoise ou coréenne, cette dernière restant d’actualité.

Si peu de gens en France ou en Europe (il en existe quelques uns quand même) osent se prévaloir en Europe du nazisme, il n’en va pas de même du communisme où un parti de ce nom vient de se présenter aux dernières élections en France. Des intellectuels (je pense tout particulièrement à Alain Badiou[1]) continuent à faire l’éloge du président Mao, lequel disons le au passage grâce à la stupidité du « Grand bond en avant » (38 millions de morts) ou de la révolution dite  « culturelle » (3 millions de morts au bas mot) a entraîné sans coup férir et bien entendu avec les meilleures intentions du monde des millions de victimes.

Ce qui est intéressant avec le communisme, c’est  que certains d’entre nous ont eu des parents communistes ou compagnon de route si nous ne l’avons été nous-mêmes. Personne finalement ne s’en cache ou n’en a honte. Pourquoi ? Pourquoi serions-nous honteux d’avoir des parents nazis et fiers d’avoir des parents communistes ?

Nous estimons qu’il n’y a rien à sauver du nazisme, de son idéologie de la haine et de la race supérieure, de sa propension à exterminer les races prétendues inférieures. Mais nous sauvons le communisme pour de multiples raisons, je cite pêle-mêle : « le marxisme et son analyse de l’économie et du travail restent plus que jamais d’actualité », « il faut quand même avoir un autre horizon que celui du capitalisme », « Staline nous a aidé à vaincre le nazisme » (ce qui est exact, surtout si l’on passe sur le détail du pacte Molotov Ribbentrop, mais les loups aiment à se dévorer entre eux) « Le stalinisme n’est pas le communisme », etc., Bref, d’une façon ou d’une autre, nous nous débrouillons pour justifier une de plus grandes  impostures du XX° siècle.

La question est donc – et elle est ici sensiblement différente de celle du nazisme : comment ce qui a représenté un temps l’espoir d’une meilleure condition humaine pour des milliards de gens, s’est-il transformé inéluctablement en une gigantesque machine à déshumaniser à très large échelle et à produire des esclaves, alors que toutes les démocraties à l’époque avaient aboli l’esclavage ? Staline, c’est vingt millions de morts et quatorze millions d’esclaves au Goulag, et encore ce sont des estimations basses[2]. Que s’est-il passé pour parvenir à un tel résultat ? Je ne soutiendrai pas qu’il s’agit là d’une simple déviance provoquée par un gangster comme l’était Staline, ou un mégalomane comme l’était Mao, je soutiendrai au contraire que le processus est en place dans l’idée même du communisme aussi généreuse soit-elle.

Beaucoup de livres ont été écrits cependant pour essayer de jeter une lueur sur cette question : les livres témoignages comme ceux de Soljenitsyne, ou d’Evguenia Guinzbourg ou encore de Zinoviev pour citer les plus connus, les livres d’historiens comme celui de François Furet ou de la récente prix Nobel Svetlana Alexeievitch, les livres de philosophes comme Todorov, ce dernier illustrant particulièrement bien la célèbre phrase de Pascal : « qui veut faire l’ange fait la bête » ou comment arriver au plus grand mal en voulant faire le plus grand bien ? Mais je voudrais pour ma part travailler sur un point issu de ma pratique psychanalytique.

J’ai toujours été en partie insatisfait par le texte de Freud « psychologie des foules et analyse du moi ». Certes, ce texte est fondateur à bien des égards et Freud rapporte la fascination pour les dictateurs et les meneurs d’homme  à la projection sur eux d’une libido paternelle (pour aller vite), en échange de sa sécurité, l’homme abandonne une part de sa liberté et s’en remet à un leader. C’est ainsi que fonctionne les religions, et le communisme est une religion, il est très facile de le démontrer, c’est même le fantastique retour du refoulé d’une société russe qui abolit l’absolutisme tsariste de droit divin pour produire pire : les déportations sous Nicolas II étaient des villégiatures au regard de la Kolyma. Mais ce n’est pas là dessus que je veux insister. Les dictateurs et les grands leaders sont des hypnotiseurs, mais ce n’est pas là-dessus non plus que je veux insister, car dans la Russie stalinienne, l’hypnose des débuts de la révolution ne suffit plus même si elle nécessite d’être entretenue par la propagande. Ce qui m’insatisfait dans le texte freudien, c’est cette figure paternelle du dictateur. C’est insuffisant ou incomplet. A une époque, je me suis demandé si ce qui caractérisait un dictateur totalitaire comme Staline ou Mao, n’était pas le fait qu’ils arrivaient à conjoindre la figure du maître et du père. Mais cela encore me semble insuffisant et incomplet, comme l’est aussi la question du transfert libidinal sur le père, un transfert amoureux, un lien social « libidinal ».

Je pense que cette figure extrême du dictateur totalitaire repose sur un fantasme humain général que des figures dictatoriales portent à leur apogée parce qu’elles trouvent toute sorte de discours dans lesquels s’incarner et que le communisme à son insu sans doute, donnons lui ce crédit, exemplifie divinement, si je puis dire.

Ce fantasme lié à la gouvernance de la société, je l’appellerai le fantasme de la fourmilière. Il est très simple. Il réalise une vision de la société, d’ailleurs essentiellement laborieuse (nécessitant donc un éloge du travail, et une fétichisation du travailleur et de ses vertus, sans faille) dans laquelle chacun est à sa place, chacun possède une tache assignée, et participe pour ses raisons mêmes, à l’harmonie générale du monde social. Et dans ce monde de fourmi, il faut une reine et une seule. Partant de là, Staline, Mao ou le dérisoire Kim Jung-Un ne sont pas des petits pères des peuples mais des matrices. Le fantasme de la fourmilière est un fantasme matriciel. Tout s’origine de la reine qui est à la fois la reine, entité génétique singulière, et la fourmilière toute entière. Et c’est ce double rôle qui constitue le cœur de ce fantasme. Une des retombées les plus communes de ce fantasme caractérise les discours sur l’ordre. La fourmilière est l’ordre par excellence au point que l’on pourrait considérer que toute exigence d’ordre, tout discours social sur l’ordre, s’appuie en arrière-plan sur cette fantasmatique.

Je ne voudrais pas  infliger ici  un cours de zoologie. Disons que dans une fourmilière chacun a une place bien assignée au service d’une part de la reproduction et de l’alimentation, de l’organisation et du maintien de l’habitat, mais surtout de l’expansion. La fourmilière est un monde extrêmement cruel où tout étranger est impitoyablement détruit. Le but ultime étant d’éliminer une autre fourmilière en détruisant sa reine.

Un certain nombre de zoologistes doutent que la fourmi soit une unité animale en soi, une fourmi n’a guère plus d’importance qu’une cellule dans tout autre organisme vivant si ce n’est qu’il s’agit ici d’une unité pourvue d’une grande autonomie.

La fourmilière en tant qu’entité présente le visage d’un monde parfait : c’est à la fois un être vivant (la fourmilière) mais c’est aussi une société (la société des fourmis) d’où le fantasme qu’elle génère, celui d’avoir à la fois un être aussi achevé et parfait qu’un vivant peut l’être dans sa forme définitive et dans le même temps de par sa forme intrinsèque de produire une société parfaite.

Une société parfaite. C’est là le rêve des réformateurs sociaux par excellence et de tous les révolutionnaires. Si l’on peut reconnaître une certaine perfection à l’animal quel qu’il soit humain ou non, il n’en est pas de même de la société des hommes lequel terme est un pléonasme. L’animal non humain vit en groupe, en bande, en meute ou bien vit seul, mais ce n’est sans doute que chez les grands mammifères que l’on peut commencer à parler de société dès lors qu’un langage se substitue à l’instinct qui règle classiquement la vie animale.

C’est donc peu dire que les sociétés humaines, le pluriel est de rigueur à ce sujet, sont imparfaites, inégalitaires, violentes, équivoques comme l’est le langage de ceux qui les constituent. La cruauté humaine n’appartient qu’à l’homme comme le rappelle si bien Shakespeare dans Richard III. D’où l’évidence qu’il y a à tenter de perfectionner le système et de trouver une forme de « bon » gouvernement, de gouvernement juste. Celui précisément dans lequel chacun sera à sa place et recevra « selon ses mérites et ses capacités », selon une célèbre sentence.

C’est évidemment là ou le bât blesse. Si l’homme en tant qu’animal est parfait dans sa suffisance biologique, l’homme en tant qu´unité sociale n’a pas la perfection de la fourmi. Il peine à s’ajuster au monde de la fourmilière humaine. Il faut donc entreprendre de le réformer et quand on y parvient pas, ce qui, convenons-en, est assez ordinaire, il faut l’éliminer pour ne pas qu’il gêne le fonctionnement social : non pas l’actuel mais celui visé.   Ce fantasme de la fourmilière, fourmis noires ou rouges, peu importe, commencera par exemple par une reine menaçante qui évolue dans la même fourmilière (cela arrive) appelons-la Trotsky, puis l’on éliminera sa suite et sa suite supposée ou cryptée. On aura éliminé au passage les rebelles ou réticents à la nouvelle organisation de la fourmilière soit la société sans classe faisant suite à l’inéluctable dictature du prolétariat, laquelle est d’ailleurs un coup d’état guère différent de celui d’une république bananière et appelons ces ennemis du peuple fourmilier, gardes blancs, nobles, bourgeois, capitalistes, koulaks (11 millions de morts). Si ca ne marche toujours pas, (et d’ailleurs comment cela pourrait-il marcher ? Lors de l’entrée des troupes nazis en URSS en 41, les deux tiers des officiers supérieurs de Staline étaient morts ou au Goulag) on en éliminera d’autre,  on trouvera toujours des prétextes et des mots pour cela. Le processus d’élimination, une fois enclenché, fonctionne tout seul. On a trop dit que c’était le seul Staline qui était responsable de cette catastrophe. Comme si Lénine n’avait pas commencé, comme si cette inéluctable marche sociale vers la mort n’était pas structurelle.

Je n’insiste pas ici sur le fait que ce que ce modèle de gouvernement oblige, face aux aléas de la société humaine, d’inventer l’idée d’un « homme nouveau » et de mettre en pratique son apparition. Et comme cela se révèle impossible, il est nécessaire de produire deux choses :

- D’une part ce que j’appellerai des « dispositifs institutionnels de falsification de la vérité ». Il faut toujours se méfier de ceux qui prétendent  écrire la vérité, à plus forte raison quand ils en font un organe de presse à qui ils lui donnent ce nom. (Je ne crois pas que la vérité puisse se dire et même se mi-dire, je crois juste qu’on peut parfois la donner à entendre.) Cette falsification de la vérité est une falsification de la langue. Par ex le terme « d’emprisonnement sans droit de correspondance » euphémisme si l’on peut dire pour parler d’une exécution que l’on n’avoue pas et qui renvoie à une mort innommable.

- Et d’autre part, une modalité de lien social très particulière, qui n’est pas seulement fondé sur le transfert au père mais qui ne peut fonctionner en réalité que si elle est basée sur la terreur. Une terreur dont le grand écrivain hongrois Sandor Marai, fuyant l’instauration du communisme dans son pays, a écrit à propos des communistes :  » Ils craignaient par-dessus tout le leur commanditaire, l’Inquisiteur principal et ses sbires, car il savait que la peur engendrait la terreur, laquelle, arrivée à son point extrême, risquait de devenir inopérante, ses victimes devenant insensibles à son égard. Alors, le Grand Inquisiteur, qui avait toujours besoin de boucs émissaires, s’en prendrait à ceux qui avaient perpétré sans sourciller les atrocités qu’il avait ordonnées. Aussi eurent-ils recours à la Terreur, qui constituait le seul moyen de se défendre contre la peur[3]”.

« La terreur pour se défendre contre la peur », qui n’a pas perçu la justesse d’une telle remarque en particulier dans la clinique de l’enfant ? Le lien asocial de la terreur n’est ce pas justement parce que dans la totalitarisme Eros ne suffit pas pour lier les humains déshumanisés les uns aux autres ? N’est ce pas là justement la marque d’une société déshumanisée ?

Nous avons la chance de vivre en démocratie, « le plus mauvais système de gouvernement après tous les autres » comme chacun sait et vous allez voir que mon propos est une défense et illustration de la sentence attribuée à Churchill. Vivant en démocratie dans une société qui tente d’instaurer le gouvernement par la raison (il y aurait des choses à dire sur ce sujet mais tel n’est pas mon propos d’aujourd’hui) nous savons que nous vivons dans une société inégalitaire où domine encore trop souvent le droit du plus fort et où nous avons le droit, je dirais le devoir, non de perfection mais d’amélioration. D’amélioration incessante et osons le dire de réforme, ce qui est très probablement une quête sans fin. Mais j’appellerai déshumanisation toute tentative de forcer l’adéquation de l’homme à la société de ses semblables. Il y a en effet en chacun de nous une force qui s’oppose au destin de la fourmi, Freud a nommé cela la résistance. Vivre en démocratie, c’est vivre un paradoxe nécessaire :  celui de savoir que la société humaine est imparfaite, qu’il y a, pour plagier Lacan, quelque chose entre le sujet et la société qui ne colle pas, qui ne colle pas parfaitement, mais que pour autant, mon éthique de citoyen d’une démocratie m’impose de ne pas m’en contenter.

Pour terminer, je crois qu’il n’existe, face à la tentation totalitaire, á l’arrogance idéologique qu’elle soit religieuse, politique, psychanalytique même, que cette forme de non savoir sur l’autre et de position subjective qu’a découvert, à l’ouverture des camps de la mort par l’Armée Rouge dont il était un correspondant de guerre, Vassili Grossmann : la pitié ou, pour lui donner une forme plus politiquement correcte, la compassion. La pitié, cette bouffonnerie comme aurait dit Dostoïevski, que Grossmann a décrite dans une des pages les plus célèbres de son chef d’œuvre « Vie et destin » que je ne peux résister au plaisir de citer :

“C’est ainsi qu’il existe, à côté de ce grand bien si terrible, la bonté humaine dans la vie de tous les jours. C’est la bonté d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif. C’est la bonté de ces gardiens de prison, qui, risquant leur propre liberté, transmettent des lettres de détenus adressées aux femmes et aux mères.

Cette bonté privée d’un individu à l’égard d’un autre individu est une bonté sans témoins, une petite bonté sans idéologie. On pourrait la qualifier de bonté sans pensée. La bonté des hommes hors du bien religieux ou social » Et un peu plus loin il ajoute : « L’histoire des hommes n’est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal. L’histoire de l’homme, c’est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité. Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l’homme, alors jamais le mal ne vaincra[4]”.

La pitié. J’ai entendu un jour un de mes éminents collègues plus âgé que moi me dire :  » si vous croyez faire quelque chose de ca, la pitié ! » Et bien justement ce qui est est intéressant avec la pitié, c’est qu’on en fait précisément rien. À vouloir en faire quelque chose on prend le risque de retomber dans le fantasme de la fourmilière et de la fétichiser, C’est á dire de l’annuler. Car la pitié ou la compassion marquent un arrêt, l’arrêt de toute jouissance fantasmatique, la pitié est une intrusion du réel dont on ne peut rien faire si ce n’est « prendre en pitié ». La pitié est arrêt sur le chemin. Il n’y a pas de plus grand destructeur idéologique que la pitié et c’est bien la raison pour laquelle elle est la hantise des révolutionnaires, ce qu’illustre Camus dans sa pièce « Les Justes ».

Bien entendu les grands idéologues, comme les fourmis, comme Richard III, sont dépourvus de toute pitié. Staline l’avait très bien dit avant eux :  » la pitié est une maladie de chien ».



[1] Badiou, A., L’hypothèse communiste, Lignes, Paris, 2010.

[2] Conquest R., La grande terreur, Sanglantes moissons, trad., Revellat M-A et Seban C., Bouquins Robert Laffont, Paris, 1987, pp 994-6.

[3] Marai S., Mémoires de Hongrie, trad. Kassai G. et Bianu Z., Le livre de Poche, Paris, 2006, pp. 339-40.

[4] Grossman V., Vie et destin, trad. Berelowitch A. et Coldefy-Faucard A., Julliard/ L’âge d’Homme, Pa            ris, 1983, p. 383 et 385.

 

  1. Oui,alors je comprends le raisonnement.je valide votre analyse. mais à la lecture de cette réflexion par votre volonté de mettre de côté certains »sujets dont ici n’est pas votre propos » on ne peut se demander si votre propos n’est pas de démolir le communisme. De plus faut il rappeler que le capitalisme est et à été bien plus meurtrier, que c’est sous le communisme que les avancées sociales on été plus rapides et plus massives. Que l’horreur Staline n’est apparue que10 ans après la sortie du féodalisme russe ou encore que l’entrée dans le communisme à partout été précédée d’un mouvement social et populaire. Enfin tout ça pour dire que notre démocratie en plus de ne pas être parfaite à été créée et savament rédigée par la bourgeoisie et pour la bourgeoisie au service du capitalisme. Le même capitalisme qui pillé le tiers monde,fabrique des armes qu’il vend aux dictateurs ou qui plus près de nous exploite les masses. Alors monsieur tel n’est pas votre propos mais stalinisme et communisme ne sont pas à confondre. La pseudo démocratie libérale ne doit pas nous satisfaire. Nous meritons tellement mieux. Enfin pour les bourgeois égoïstes tout va bien mais un jour il faudra bien partager. Et là on n’a pas trouvé mieux que le communisme enfin une nouvelle forme.

  2. Bonjour, merci de votre commentaire. Il nous faudrait une longue discussion… Qui doit d’abord éviter ce travers classique : ça n’est pas parce que j’attaque le communisme que je défends le capitalisme, cet argument a bien trop été utilisé par le régime soviétique pour qu’on en accepte la validité. Pourquoi une utopie généreuse a-t-elle tourné au cauchemar ? Il y a aurait beaucoup à dire à ce sujet et tout n’a pas été dit… cordialement

  3. Monsieur,

    J’étais réconforté à la lecture de votre texte. Je vous en remercie.

    Je le trouve d’autant plus fort qu’il suspend “Les Bonnes Réponses” et cristallise des bons questionnements.

    Cependant… Dans un endroit, j’ai un doute.
    Vous avez eu raison de citer in extenso un passage de “La Vie et le Destin”.
    A mon avis, ce n’est pas de la Pitié qu’il s’agit.
    Cette longue citation permet d’en douter, et me permet de penser qu’il s’agit là d’un Don. C’est différent.
    C’est même très différent (1).

    En vous remerciant encore,

    Almas Chalabaev

    (1) – Il se peut que le sens de ce mot varie (et oui… e.g. Mauss vs Bourdieu, Lacan etc, etc…). Aussi, je dois préciser que le Don, tel que je l’entends dans ce passage de “La Vie et le Destin”, ne fait partie d’aucun circuit d’échange. On donne — et on n’attend rien en échange. Sinon, ce n’est pas un don !

    (2) “Pitié” : J’ai finit par retrouver ma copie de “La Vie et le Destin” en russe, ed. “L’Age d’Homme”, 1980, Lausanne, et l’a réouverte plus de 30 ans après… Je me suis à chercher le passage cité dans les 608 pages. J’allais vous demander de m’aider à le localiser quand par chance, je l’ai trouvé.

    En russe, “pitié” = “zhalost’” sans confusion aucune. Non, pas de “pitié”!

    L’écrivain, tout au long de ce très particulier passage (pp 276-280), oppose “Dobro” à “dobrota”, ce que je traduirais par “Le Bien” et “la générosité” : “Le Bien” des “Grandes Idées du Bien” “des prophètes” et “des grands sociologues”, et “la générosité” en miniscule. “On peut l’appeler une générosité insensée”.

    Il serait alors plus précis d’écrire “le don” aussi en minuscule… voire même de ne pas en parler.
    On y est obligé, je crois, car c’est tout ce qu’on a hormis “La Fourmilière” comme votre texte met si clairement en filigrane.

  4. Personnellement, je cite le mot final de Staline comme ceci :
    « La gratitude est une maladie de chien. » L’ambiguité et l’image donne de l’amplitude au jeu de mots.
    Merci pour cette conférence que je vais reprendre patiemment. J.T.

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